2 sources d’inspiration dans les carnets de voyage 19eme

Les carnets de voyage 19eme sont une particulière source d’inspiration. De tout temps, l’humain a éprouvé le besoin d’avoir une trace de ses voyages pour partager ses trouvailles et le 19ème siècle a été particulièrement riche en ce domaine.

Une petite esquisse historique

Avant le 19eme

La naissance du papier a permis aux artistes et voyageurs de croquer leurs impressions.

Les expéditions colonisatrices des 17e et 18e embarquaient toujours des artistes ethnologues.

Les expéditions scientifiques et les missions archéologiques sous le mécénat de Napoléons avaient elles aussi leurs scribes.

Les carnets de voyage 19eme

La mode orientaliste qui suivit devint voyageuse sortant les artistes des ateliers et produisant des pages de carnets mélangeant esquisses de paysages, portraits inachevés, croquis d’objets et annotations au fil de la plume.

Delacroix en fut le grand maitre mais il ne faut pas oublier Victor Hugo et ses revendications ainsi exprimées, Turner ou les Goncourt. Pour d’autres, cette mode a permis une nouvelle expression comme Gauguin dans ses tableaux tahitiens ou Matisse qui trouva la couleur au Maroc.

L’intérêt de ces carnets

Le premier qui vient à l’idée est le voyage d’agrément, qualifié aujourd’hui de touristique.

Puis le voyage scientifique, en particulier les expéditions archéologiques, y ont une large part. Et L’Égypte y prend une place importante puisque le 19e est celui des égyptologues français. Mais plus intéressants sont ceux des artistes qui n’ont pas cherché à idéaliser les lieux mais ont eu à cœur de faire connaître le pays qu’ils découvraient avant son européanisation, avant qu’il ne devienne un but touristique.

BELLY

(Belly)

 

Ainsi Denon participant à l’expédition Bonaparte en Égypte, L’Hote dessinateur officiel de Champollion ou Devéria, des antiquités égyptiennes du musée du Louvre.

Belly accompagne De Saulcy sur les rives de la Mer Morte pour illustrer les notes sur les monuments rapportés par Saulcy pour enrichir le Louvre.

Ou Cledat, pionnier de l’archéologie moderne, qui tout en se tournant vers la photo, ne renonce pas aux dessins comme dans ses carnets de fouilles.

 

CHASSERIAU

(Chasseriau)

 

Les voyages en service commandé,  diplomatiques ou journalistiques, ont aussi rapporté leur moisson de carnets, comme ce fut le cas de Delacroix, adjoint à la mission envoyée par Louis Philippe auprès de l’empereur du Maroc.

Enfin les voyages déterminés par une volonté de perfectionnement artistique demeurent à cette époque incontournables. L’Italie reste un pole d’attraction comme dans La communion a Gènes de Chasseriau.

Exprimez vos sentiments dans les carnets !

Quand on parle voyage on parle souvenirs de voyage.

Mais souvent il s’agit d’une expression galvaudée ! Une partie de ces souvenirs sont toutes sortes de petites babioles qui viennent encombrer – au mieux – les tiroirs et – au pire – les étagères des amis.

Ensuite vous avez tous entendu un jour la question :

« c’est quoi ton meilleur souvenir de voyage ? »

Et par rébellion mais aussi pour une forme d’hommage aux « carnettistes » passés, j’ai envie de répondre : « pourquoi meilleur ? pourquoi le souvenir qui est le plus marquant doit-il obligatoirement être bon ? »

ZIEM

(Ziem)

Certains artistes ont exprimé le bonheur et l’exaltation dans leurs voyages comme Delacroix dans ses promenades a Tanger en 1832 ou Felix Ziem qui écrit son bonheur d’être à Martigues.

Mais des désillusions aussi s’expriment au travers des textes et dessins comme Delacroix qui se déclare « rassasié jusqu’à l’insensibilité » à la fin de son séjour au Maroc, Corot qui est « impuissant » à peindre Rome en 1825, ou Renan « écœuré » par une Jérusalem sans caractère en 1885.

Comment relater ces souvenirs de voyage ?

Les carnets sont souvent des présentations jumelées de lettres, illustrées ou non, et d’albums de croquis ou de dessins.

Les lettres ainsi écrites sont parfois des relations plus ou moins détaillées des conditions de voyage ou de séjour fertile en péripéties diverses. Mais d’autres révèlent les états d’âme car le voyageur éloigné des siens et dans une situation dont il n’a pu se faire qu’une idée approximative relate souvent sans détours ses émerveillements comme ses désillusions. Les albums qui en sont l’illustration souvent réalisés dans des conditions rudimentaires, enregistrant presqu’avec fièvre les détails et repris quand l’installation aux étapes le permet.

D’où l’intérêt des corrections, les couleurs venant rehausser des croquis hâtifs, les phrases tronquées que l’on complète, et Delacroix en sera un excellent exemple.

Les carnets de Delacroix

Je l’ai déjà évoqué dans Ou trouver l’inspiration pour un carnet de voyage.

En 1832, Delacroix séjourne en Afrique du Nord et va frénétiquement prendre des notes et faire des dessins sur le vif dans des conditions difficiles, souvent complétés ou coloriés le soir comme des aide-mémoire. Ce qui produisit une somme considérable de notes, de croquis et d’aquarelles.

Album du Maroc

Son « album du Maroc« , le premier fait par Delacroix, est constitué de croquis à la mine de plomb, à la plume et à l’encre brune, le plus souvent rehaussés d’aquarelles et accompagnés de notes manuscrites.

carnets de voyage 19eme - Delacroix - Album du Maroc

 

Le désordre manifeste des notes et croquis qui couvrent chaque feuillet révèle l’état de surexcitation de l’artiste devant ce pays inconnu qui le fascine.

Il se promène dans la ville, se fait introduire dans la société, … et tente de rien perdre de ses 2 séjours à Tanger.

Journal en Afrique du Nord et en Espagne

DELACROIX

Dans l’intervalle des séjours à Tanger, son journal en Afrique du Nord et en Espagne accumule dessins et narration, notes et croquis, le tout dans un désordre qui traduit la crainte d’oublier un détail significatif.

Il y « décrit » le cheminement de Tanger à Meknès avec ses haltes, l’accueil par un rite de bienvenue puis le séjour et le retour.

L’album est similaire dans les techniques au précédent.

Ses carnets sont un vrai instrument de travail dans lequel l’écriture supplée à l’insuffisance du dessin ou un croquis précise une note par trop elliptique. Et seront la base d’une importante quantité de toiles de l’artiste par la suite. Mais il est a noter que ces carnets se complètent de nombreuses lettres à des amis.

L’exemple des croquis et notes réalisés lors du tour de Meknès : Les remarques sont lapidaires mais d’une incroyable précision. Elles traduisent la volonté de ne rien manquer et l’acuité visuelle dont il fait preuve au milieu d’une incroyable bousculade. Une annotation au dos du document – « fait l’ennuyeuse promenade » – donne son état d’esprit alors que le reste de la page de dit rien de ce sentiment.

De même la scène des chevaux qui se battent en janvier est résumée de façon lapidaire dans son carnet mais  reprise quelques jours plus tard dans une lettre rappelant les circonstances : « une course que nous avons faite aux environs de la ville avec le consul anglais qui a la manie de monter les chevaux les plus difficiles du pays« .

D’autres lettres décriront tous les sentiments contradictoires qui l’agitent et ne sont que partiellement traduits dans son album : il complète la description de Meknès avec les édifices, les sons, les couleurs, les mouvements … et la lassitude qui l’accompagne : « les sensations s’usent a la longue, et le pittoresque vous crève tellement les yeux à chaque fois qu’on finit par y être insensible« .

Une découverte : Montfort

Parti seul en plein désert, avec toiles et pinceaux, Montfort partagera pendant 18 mois la rude existence des nomades.

Montfort - Halte d'une caravane

Croquis et notes démontrent dans le détail la diversité de ses intérêts et son sens de l’observation qu’il s’agisse de paysages, de personnages ou d’animaux.

Il dessine avec une grande précision jusqu’aux moindres détails des vêtements, des objets et des harnachements.

De son séjour en Syrie en 1837-1838, il rapporte des notes très détaillées et des centaines de dessins à valeur documentaire.

Montfort - Etude pour un maréchal ferrant syrien
Pour pénétrer le pays et ses habitants, parce qu’il s’intéresse aux peuples qu’il découvre, à leur mode de vie et leurs coutumes,

– il partage la vie des nomades, s’habille comme eux, voyage avec les caravanes et dort sous la tente

– il apprend l’arabe et peut ainsi donner la transcription des noms de lieux ou d’objets en caractères arabes.

 

Les études minutieuses de cet artiste ethnographe s’apparentent presqu’à un reportage !

Et si vous voulez en découvrir plus,

  environ 900 de ses dessins sont conservés au Louvre

  une recherche sur le site Portail des collections des musées de France

Surtout si comme moi vous aimez les beaux dessins

Montfort - Etude de mains

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A propos de l'auteur  ⁄ Voyagerlemonde

Editeur du blog voyage Voyager le monde, Annie voyage a travers le monde depuis de nombreuses années et partage avec vous ses carnets et récits, conseils et astuces pour vus donner envie de voyager. Rejoignez-moi sur mon profil Google+